
Des mesures supplémentaires sont nécessaires dans tout le Canada pour améliorer la formation des nouveaux conducteurs
L’industrie canadienne de l’assurance de dommages salue une nouvelle initiative du gouvernement fédéral visant à lutter contre la fraude dans le secteur du transport routier.
Dans le budget de 2025, le gouvernement du Canada a annoncé un financement pour lutter contre la mauvaise classification illégale des conducteurs de camions commerciaux. Il s’agit d’un stratagème frauduleux dans lequel certaines entreprises classent de manière erronée et délibérée leurs conducteurs comme des travailleurs autonomes, plutôt que comme des membres du personnel permanents.
Cette annonce survient quelques jours après la déposition du Bureau d’assurance du Canada (BAC) devant le Comité permanent des transports, de l’infrastructure et des collectivités de la Chambre des communes, le 28 octobre 2025, concernant les problèmes qui touchent le secteur du transport routier commercial.
Le BAC a clairement fait savoir aux membres du Parlement que les entreprises et les conducteurs impliqués dans ce type de fraude nuisent aux entreprises de transport légitimes qui respectent les règles. L’Alliance canadienne du camionnage (ACC) mène actuellement une campagne de sensibilisation pour lutter contre cette activité frauduleuse.
Tout comme l’ACC, le BAC estime que les conducteurs mal rémunérés, sous-formés et dépourvus des qualifications appropriées, représentent un danger, non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour tous les autres usagers de la route. Ils contribuent également aux pressions sur les coûts dans le système d’assurance, qui influent sur tout le monde. En effet, les assureurs continuent d’observer une augmentation importante du nombre et de la gravité des sinistres liés aux collisions.
Le secteur du transport routier commercial est essentiel à l’économie du Canada, car il assure le transport des marchandises au sein d’un vaste réseau d’approvisionnement. La majorité des conducteurs de camions sont des professionnels dévoués et pleinement conscients de l’importance de la sécurité, qu’il s’agisse de la leur ou de celle des autres. Cependant, certaines entreprises et certains conducteurs font le choix délibéré d’adopter des pratiques de travail irresponsables nuisibles à l’ensemble du secteur. Les actions de quelques acteurs ne devraient pas pénaliser les entreprises de transport qui respectent les règles et qui agissent de manière équitable. Les gouvernements doivent donner la priorité à la sécurité routière et à la concurrence loyale, et le BAC estime qu’une lutte renforcée contre les opérations frauduleuses dans le transport routier rendra les routes du Canada plus sûres.
Ces dernières années, les opérateurs de transport routier ont rencontré des défis importants pour obtenir des primes d’assurance commerciales abordables. Pour comprendre les principaux facteurs de la hausse des coûts, le BAC a entamé une collaboration avec les parties prenantes du secteur du transport routier afin de mettre en place des solutions transfrontalières qui visent à dissuader la fraude, améliorer la formation des conducteurs et protéger tous les usagers de la route.
Le BAC a constaté que la fraude et l’application laxiste des lois par les agences gouvernementales ne sont pas les seuls facteurs contribuant au coût de l’assurance. Le manque de conducteurs qualifiés et la formation incohérente des conducteurs constituent également des facteurs clés.
En 2024, le BAC a mandaté MNP, l’une des principales firmes de services professionnels du Canada, pour réaliser une évaluation des programmes de formation des conducteurs offerts au Canada et dans d’autres pays. Selon les conclusions de MNP, les programmes actuels de formation initiale obligatoire pour les conducteurs de camions commerciaux dans plusieurs provinces et territoires ne préparent pas pleinement les conducteurs à conduire un camion lourd dans toutes les conditions et qu’un accompagnement supplémentaire, ainsi que du mentorat, sont nécessaires pour les nouveaux conducteurs.
Le secteur du transport routier fait face à une pénurie critique de main-d’œuvre. La demande de nouveaux conducteurs ne cessera d’augmenter à mesure que les conducteurs expérimentés prendront leur retraite dans les années à venir. En 2023, 48 % des conducteurs de camions commerciaux au Canada étaient âgés de plus de 50 ans. Selon les derniers renseignements sur le marché du travail fournis par le gouvernement fédéral, cette profession devrait faire face à un risque modéré de pénurie de main-d’œuvre à l’échelle nationale d’ici 2033.
À mesure que de nouveaux conducteurs entrent dans la profession, un niveau de formation plus élevé est nécessaire pour garantir que les marchandises soient transportées de manière efficace et sécuritaire sur nos routes. Les assureurs tiennent compte de plusieurs facteurs clés pour établir le prix d’une police d’assurance pour camions commerciaux, notamment le niveau de formation suivi par le conducteur, le nombre d’heures passées au volant et ses antécédents en matière de sinistres.
Depuis la publication du rapport de MNP l’année dernière, l’Alberta a annoncé qu’elle avait pris des mesures pour améliorer la formation initiale des conducteurs de camions par le biais d’un nouveau parcours d’apprentissage pour les conducteurs de camions commerciaux de la classe 1 entré en vigueur le 1er avril 2025. Ce nouveau programme vise à améliorer la formation des conducteurs et la sécurité routière. Il inclut une approche de type apprentissage pour soutenir l’amélioration continue des compétences des nouveaux conducteurs dans leur carrière. Ce parcours remplace le précédent programme de formation initiale obligatoire et intègre plusieurs des recommandations proposées par le groupe de travail sur le camionnage commercial du BAC.
D’autres provinces et territoires du Canada ont commencé à mettre en place des programmes de formation initiale obligatoire ces dernières années, mais l’étendue et le nombre d’heures de formation varient selon les provinces et territoires. De plus, les programmes actuels sont insuffisants et ne respectent que les normes minimales. Ces formations ne préparent pas adéquatement les nouveaux conducteurs aux complexités de la conduite sur le terrain unique du Canada. Le BAC se réjouit néanmoins de voir qu’à ce jour, neuf provinces et un territoire ont mis en place des exigences minimales obligatoires, le Québec étant le dernier à annoncer son propre programme en novembre. À partir du 15 décembre 2025, deux parcours de formation seront offerts aux conducteurs québécois désireux d’obtenir leur permis de classe 1 :
Le nouveau programme d’éducation à la sécurité routière de la classe 1 dispensé par des prestataires de services reconnus par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ);
Le programme de formation professionnelle en camionnage menant à un diplôme d’études professionnelles (DEP) délivré par le ministère de l’Éducation.
Dans le cadre du programme d’éducation à la sécurité routière de la classe 1, les conducteurs suivront un total de 125 heures de formation, comprenant 75 heures de théorie et 50 heures de conduite. Le nouveau programme obligatoire de formation initiale vise à fournir aux nouveaux conducteurs de camions les connaissances, les compétences et les aptitudes nécessaires pour conduire en toute sécurité.
Le secteur du camionnage commercial est crucial pour la durabilité à long terme de l’économie canadienne. Si la démarche du gouvernement fédéral pour lutter contre la fraude est un pas important, il reste encore beaucoup à faire pour soutenir un secteur du transport routier commercial sûr et prospère. Au vu de la demande actuelle de conducteurs de camions commerciaux, le Canada a une occasion unique de s’assurer que ses conducteurs figurent parmi les plus qualifiés au monde.


