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Climat, Météo extrême

Combien de catastrophes nous faudra-t-il avant d’agir?

15 septembre 2026 | Par Amanda Dean, vice-présidente, Région de l’Ontario et de l’Atlantique, BAC
Fast-moving floodwater rushing beneath a bridge near a gazebo and partially submerged trees.

Les inondations catastrophiques ne sont plus des événements inattendus : trois mesures pratiques pour mieux protéger les Canadiens

Par Amanda Dean, vice-présidente du BAC pour les régions de l’Ontario et de l’Atlantique

De combien de rues inondées, de sous-sols gorgés d’eau et de réseaux de gestion des eaux pluviales saturés les Canadiens auront-ils encore besoin avant de cesser de feindre la surprise à chaque inondation catastrophique?
Combien de fois les experts doivent-ils sonner l’alarme sur l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des pluies torrentielles avant que nous reconnaissions que le problème n’a plus rien d’occasionnel?

Il vaudrait mieux poser ces questions aux victimes des inondations de l’été dernier. Demandez-le à ceux qui, une fois de plus, se sont retrouvés les deux pieds dans les eaux usées à la recherche de leurs biens les plus précieux. Pour nombre d’entre eux, ce n’était pas une première. Leur réponse serait probablement très simple : trop c’est trop.

Les inondations catastrophiques ne sont plus des événements imprévisibles. Nous avons tous vu les vidéos diffusées aux nouvelles et sur les réseaux sociaux.

L’orage qui a frappé la région du Grand Toronto le 2 septembre dernier en est l’exemple le plus récent. La ville a été frappée de vents violents et de gros grêlons, et plus de 100 mm de précipitations s’y sont abattus, ce qui a provoqué des crues soudaines ayant submergé les routes et les infrastructures. Les autoroutes Gardiner et Don Valley ont été durement touchées, et plus de 150 000 clients en Ontario ont été privés d’électricité.

Les avertissements ne peuvent être ignorés

Selon les données scientifiques, la situation ne devrait pas aller en s’améliorant. Dans son récent Rapport sur le climat changeant du Canada 2026, le gouvernement fédéral déclare : « L’augmentation prévue des précipitations extrêmes entraînera une augmentation des crues soudaines partout au Canada, y compris dans les zones urbaines. Les augmentations prévues de la fréquence et de l’intensité des précipitations extrêmes sur un jour ou sur cinq jours et des précipitations extrêmes de courte durée (périodes inférieures à un jour)... sont associées à un degré de confiance élevé. »

Les inondations sont la catastrophe naturelle la plus fréquente et la plus coûteuse au pays, et la tendance s’accentue. Selon Catastrophe Indices and Quantification Inc., les pertes assurées attribuables aux inondations et aux dégâts d’eau ont grimpé de plus de 300 % au cours des 20 dernières années comparativement aux deux décennies précédentes.

Le problème est on ne peut plus clair. Mais pourquoi continuer de sous-financer les solutions qui peuvent réduire les dommages et mieux protéger les Canadiens?

Les assureurs font partie de la solution. Partout au pays, ils aident les propriétaires à réduire leur risque d’inondation en leur offrant des rabais ou de meilleures modalités de couverture pour des mesures de protection contre les inondations éprouvées comme les clapets antiretour et les pompes de puisard. Ils veillent à la reconstruction résiliente des maisons après un sinistre.

Cependant, l’industrie de l’assurance ne peut à elle seule résoudre le problème des inondations au Canada. Nous devons redoubler d’efforts pour protéger les habitations d’une inondation.

Plusieurs mesures pratiques peuvent réellement changer la donne.

Mesures à prendre

1. Investir dans les infrastructures qui protègent les collectivités.

Les données sont alarmantes : 65 milliards de dollars. Il s’agit du coût estimé pour remplacer les infrastructures d’eau vétustes dans les municipalités du Canada, selon des données de Statistique Canada. Le problème tient en partie au fait que les réseaux de gestion des eaux pluviales, les réseaux d’assainissement et les infrastructures de drainage sont presque totalement invisibles. Les nouveaux parcs, arénas et centres communautaires sont bien visibles et faciles à célébrer, et donc plus propices aux investissements. Pourtant, les réseaux d’eau sont le premier rempart contre les inondations.

Mais pour combler les lacunes en matière d’infrastructures, il n’est pas nécessaire de tout reconstruire du jour au lendemain. Des améliorations ciblées, quartier par quartier, peuvent avoir une incidence importante. Les élus municipaux sont souvent contraints de trouver un juste équilibre entre les avantages à long terme d’une modernisation des infrastructures et les inconvénients à court terme des chantiers de construction. Toutefois, si les problèmes de circulation temporaires que nous devons subir aujourd’hui permettent de réduire le nombre de maisons inondées demain, le jeu en vaut la chandelle.

2. Miser sur la prévention plutôt que sur le rétablissement

L’inondation la moins coûteuse est celle qui est évitée. Depuis des décennies, le Canada mise sur les programmes de reprise après sinistre. Toutefois, il en fait beaucoup moins pour aider les propriétaires à prévenir les dommages causés par les inondations. Les clapets antiretour, les pompes de puisard et l’amélioration du nivelé sont autant de mesures simples qui peuvent réduire considérablement les sinistres dus aux inondations. La mise en place de programmes de rénovation, une meilleure planification de l’aménagement du territoire et la mise à jour du code du bâtiment sont d’autres mesures utiles. Chaque dollar investi dans la réduction des risques permet d’en économiser bien plus dans l’aide offerte aux propriétaires en cas de catastrophe.

3. Mettre des renseignements sur les risques d’inondation à la disposition des Canadiens

Pour se prémunir, il faut d’abord connaître l’existence du risque. Avant d’acheter une maison, les Canadiens peuvent presque tout savoir du quartier. Il leur manque toutefois un détail d’une extrême importance : son risque d’inondation. L’ironie, c’est qu’il existe une solution : l’Outil d’information sur les risques d’inondation au Canada. Pourtant, pour l’instant, la plupart des Canadiens n’y ont pas accès, car les gouvernements provinciaux y participent peu.

D’aucuns craindront peut-être que la publication d’informations sur les risques d’inondation ne stigmatise injustement certaines collectivités. Dans les faits, ces informations permettent aux propriétaires de prendre des décisions éclairées et aux gouvernements d’investir dans les infrastructures là où les besoins sont le plus criant. Si, faute d’un endroit où s’écouler, l’eau cause plusieurs inondations dans un quartier, il ne faut pas dissimuler cette information, mais plutôt s’en servir pour trouver des solutions.

Les preuves, les avertissements et les solutions sont légion au Canada. Ce qui nous manque, c’est un sentiment d’urgence à la hauteur du défi qui nous attend.

Les inondations ne cesseront pas et les assureurs seront toujours là pour soutenir les Canadiens dans le rétablissement, mais nous ne pouvons miser uniquement sur la reconstruction.

Il est temps d’arrêter de feindre la surprise devant ces catastrophes et de passer aux actes en nous fiant aux données dont nous disposons.  

À propos de l'auteur

Amanda Dean est reconnue pour son leadership en faveur du consensus et son engagement stratégique auprès des parties prenantes. En tant que vice-présidente des régions de l’Ontario et de l’Atlantique au BAC, elle défend et travaille à promouvoir des changements positifs et des politiques publiques solides concernant les priorités clés du secteur de l’assurance habitation, automobile et entreprise dans ces provinces.

Amanda Dean coordonne également les initiatives des parties prenantes et des membres, et exprime les préoccupations des compagnies membres. Elle collabore avec tous les niveaux de gouvernement sur des objectifs stratégiques et communs de l’industrie, tels que l’assurance automobile durable, la réglementation équilibrée et l’adaptation aux conditions climatiques extrêmes.

Avant de rejoindre le BAC, Amanda Dean a travaillé en étroite collaboration avec le vice-premier ministre de la Nouvelle-Écosse (et ancien ministre des Transports et du Renouvellement de l’infrastructure) ainsi que le ministre de la Défense nationale. Ses responsabilités incluaient la gestion des communications, des enjeux et des relations intergouvernementales.

Amanda Dean détient un baccalauréat en relations publiques de l’Université Mount Saint Vincent (MSVU), une maîtrise en administration des affaires de l’Université Saint Mary’s et le titre de professionnelle en assurances agréée. Elle a été présidente du conseil d’administration de la MSVU et siège au conseil d’administration de la Nova Scotia Liquor Corporation (NSLC). Très active dans sa communauté, Amanda Dean a été bénévole de l’orchestre Symphony Nova Scotia, a siégé au conseil d’administration de la YWCA Halifax et du réseau d’observation, de prévision et de réponse environnementales marines (MEOPAR). Elle a également donné des cours sur les relations gouvernementales à la MSVU.